Musique pour le cauchemar de la princesse

L’enfant confronté à l’inceste est forcé à grandir dans un univers mental tordu, dans lequel les bases logiques sont manipulées par les référents absolus que sont les adultes. Faire le pari d’un mélange de la voix et de l’instrument, c’est opérer un chemin régressif par lequel le spectateur lui-même en vient à douter de ce qu’il entend : cette voix parlée est-elle parole ou musique ? À l’interface entre sens linguistique et pure musique, les mélanges entre les sons du quotidien et leur transcription sur l’accordéon opèrent un virage du sensible, aussi drôle qu’inquiétant : le monde intérieur de Peau d’Âne ne peut plus être le même , parce qu’à un moment, quelqu’un lui a menti ; et que ce mélange a pétri la pâte qui l’a constituée. La parfaite mécanique du corps est grippée, blessée par les injonctions paternelles ; et la musique se fait cliquetis…

Dès lors un travail entre la voix parlée de l’actrice et l’instrument chantant tisse un réseau d’inquiétude. Si son père mélange les rôles, au moment crucial où elle cherche des repères pour grandir, dans quelle pièce faudra-t-il interner Peau d’Âne ? Le rôle de la musique est d’exprimer un paysage sonore qui hésite, comme hésite Peau d’Âne en chemin, entre peur et insouciance, entre révolte et espoir. Musique de lune, musique de ciel ou musique de peau, que sera la petite musique de Peau d’Âne ?

Jean-Luc Amestoy