Ballade(s) Funambule(s), création 2020

 

Ballade : Pièce vocale et instrumentale destinée à la danse (sur fil); homophone de Balade…

Funambule : Artiste de cirque marchant sur un câble tendu à grande hauteur, et utilisant pour cela un balancier.
Nous ferons une exception et incluerons à cette définition des fildeféristes, ceux qui évoluent sur des fils moins hauts, mais qui peuvent courir sauter ou danser dessus.

(S) : Manière d’exprimer que tout cela pourra être pluriel (ou ne pas l’être…)

 

Note d’intention des auteurs / lucie Boulay, mise en scène et Jean Luc Amestoy, auteur

Les Ballade(s) Funambule(s) se partagent entre fragilité et insoumission :

Des femmes, des hommes, des enfants, habitent un territoire imaginaire créé par des lignes tendues d’arbres en arbres, d’immeubles en lampadaires, au-dessus d’un

lac, devant l’église ou le supermarché…ainsi le peuple funambule raconte la délicatesse et la suspension,

partout où il s’installe.

La fragilité est celle qui se dégage de l’évolution de ces gens sur leurs câbles à 0,05 ou 5 mètres du sol suspendus ; le frémissement de leurs pieds, la sensation de leur envol. Ce peuple se jouede la gravité, ils dansent là-haut, sur leurs fils.

En écho immédiat à cette douceur, à cette précision, il y a une révolte.
C’est une colère de poètes, elle est presque sans objet, sans solution.
Les funambules sont montés là-haut pour crier bouche fermée, pour crier avec leurs pieds, que la terre dont ils s’éloignent est vivante et qu’ils y tiennent.
Les danseurs de corde se sont éloignés du sol pour raconter, justement, combien ils lui sont attachés. Les funambules mettent leur vie sur un fil pour la souligner, pour signifier qu’ils font encore partie des vivants.

Alors, s’éloigner pour prendre du recul, envisager d’un peu plus loin ce monceau de disparitions, d’espaces abolis, de créatures sacrifiées ; ces espèces animales, ces tragédies humaines, ces absurdités logiques qui inversent des priorités fondamentales : choisir le surplomb, pour s’extraire de la fumée conceptuelle qui nous englue…

Et pour contrer le smog de la parole automatique.

Choisir le risque du déséquilibre, choisir la voix chantée, l’instrument, la danse.
Une parole est-elle plus forte, énoncée du haut du fil d’un saltimbanque plutôt que de l’estrade d’un tribun ? Une voix sera-t-elle plus clairement perçue si elle accompagne le geste d’un acrobate ?

Lucie Boulay / Jean-Luc Amestoy